Espace membre : si vous êtes adhérent de la section de la Drôme, vous pouvez   vous connecter
Section de la Drôme

Obsèques d'André Grimaud

4 février 2019

Les obsèques d'André Grimaud, ancien de la compagnie Pons, ont été célébrées en l'église de Crest le 5 février 2019.

 

Dix-heuf porte-drapeaux étaient présents.

 

Il avait été décoré le 18 juin 2016 par le Colonel (H) Marc Estrangin.

 

 

 

Deux éloges ont été prononcés lors des obsèques :

 


 

  • Celui des FFI

Les Anciens Résistants de la Drôme sont en deuil.

Notre compagnon André GRIMAUD, Ancien Résistant, vient de nous quitter à l’âge de 92 ans. Né le 21 avril 1926 à Crest, André aurait fêté ses 93 ans en avril.

Les nombreux Présidents d’associations ici présents traduisent un soutien moral et fraternel.

La présence d’une forte délégation de porte-drapeaux associatifs d’Anciens Combattants exprime toute la fraternité, la sympathie qu’André a suscité tout au long de sa vie. Les drapeaux de la Médaille Militaire et de la Légion d’honneur qui entourent le défunt, témoignent des faits de guerre et des mérites éminents acquis au service de la Nation. Les nombreux drapeaux des FFI y compris celui de la Compagnie Pons traduisent l’appartenance de notre regretté compagnon aux Unités combattantes des FFI, (Forces Françaises de l’Intérieur).

En plus du drap tricolore de la Légion d’Honneur, le drapeau tricolore représentant un symbole personnel accompagne le Résistant selon les dernières volontés du défunt.

André, devant votre famille et vos amis, je souhaiterais évoquer brièvement, au nom de la Fédération des Unités FFI de la Drôme, votre parcours de Résistant au sein de la compagnie Pons dont vous restiez l’un des derniers survivants et non pas le dernier comme nous avons pu l’entendre ou le lire récemment.

En 1944, âgé d’à peine 18 ans vous manifestez le désir de combattre l’occupant nazi.

Vous rejoignez la Résistance Crestoise. Si vous ne connaissez pas jusque-là, le « chef » de la Résistance de votre village, vous n’ignorez pas les activités nocturnes de quelques courageux qui s’éloignaient dans la nuit pour récupérer armes, munitions et équipements tombés du ciel.

Plus tard vous apprendrez que les avions provenaient de Londres.

Vous n’ignorez pas la présence d’un maquis agissant dans la clandestinité. Vous savez aussi qu’il se dissimulerait dans la zone boisée de Combemaure.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, une suite de messages codés est diffusée sur les ondes de la BBC. Le maquis se regroupe dans Crest selon un plan d’action préétabli sous l’autorité du général de Gaulle, chef de la France Libre à Londres. Les messages : « plan bleu », « plan vert » « « la pistache est verte » destinés aux Résistants locaux ordonnent la mise en œuvre des plans de destruction des pylônes électriques et de la voie ferrée Livron/Gap.

Ces codes signifient aussi à la Résistance Intérieure de sortir de l’ombre et de passer à l’action.

André, vous faites partie des premiers avisés discrètement dès le 6 juin pour vous rassembler sur le champ de foire où attendait Albert Daumas au volant de sa camionnette chargée de fusils et munitions.  Là, vous êtes surpris d’apprendre que le chef est M. Pons que vous aviez déjà rencontré en ville. Vous comprenez aussi que les Alliés ont débarqué.

La Compagnie prenait aussitôt le nom de son chef. Le commandant Pons, depuis plusieurs années, était en contact avec le réseau de renseignement Bukmaster (coordonné dans la Drôme par un certain « Roger », de son vrai nom Francis Cammaerts, un cel Anglais du service SOE).

De l’ombre à la lumière ; L’enthousiasme gagne vos rangs au fur et à mesure de l’arrestation par les maquisards des collaborateurs déjà identifiés en ville.

Dès le 6 juin, le cdt Pons est impatient de mettre un terme à l’humiliante occupation. Il engage, avec beaucoup de bravoure, sa compagnie à l’entrée Ouest de Crest, à proximité du cimetière avec l’objectif d’arrêter une colonne ennemie arrivant de Valence par la route.

André, dès votre premier combat contre l’envahisseur, vers 16h00 vous êtes blessé de 2 balles, à la hanche et au thorax. Au cours de cet engagement, 5 maquisards qui se battaient avec courage et héroïsme sont tués par l’ennemi : Arnaud Paulin, Brun Pierre, Daumas Albert, Leclere Charles et Mège Marcel.

Vous êtes secouru sur place par votre frère Jean qui combattait à vos côtés. Vous êtes évacué jusqu’au café Chizat, (également résistant) où la croix rouge prodiguait les premiers soins, avant d’être transporté dans une infirmerie clandestine de Pigeovent à Piégros.  

André, vos blessures seront homologuées « blessure de guerre ».

Par la suite, la compagnie Pons deviendra la 10ème cie en intégrant le 2ème Bataillon AS de Drôme-centre placé sous le commandement du « cdt Legrand », chef militaire de la Résistance des unités combattantes FFI de la Drôme à partir du 4 juillet 1944.

Le 21 juillet, encore convalescent, vous participez néanmoins aux combats meurtriers de la vallée de la Drôme, notamment à Saillans et à Espenel, contre les hordes de nazis qui envahissaient le Vercors.

Un mois plus tard, les 21 et 22 août, au sein de votre groupe, vous continuez le combat, en plein jour, dans le but d’affaiblir les colonnes de soldats de la Wehrmacht qui refluent par le couloir Rhodanien. Enfin, le 31 août, vous contribuez, avec l’ensemble des compagnies FFI de la Drôme, sous le commandement du Cdt Legrand (général de Lassus St Geniès), à la Libération de la ville de Valence.

Rendons également hommage à la mémoire des 29 hommes MpF de la cie Pons, tués à l’ennemi au cours des différents combats engagés contre l’ignoble occupant nazi.

Après la Libération de la Drôme, André se porte volontaire pour la durée de la guerre au sein du 11ème cuirassiers. Vous participez  à la campagne de la Libération de la France (Vosges/Alsace, jusqu’en Allemagne).

Le 28 février 1946 vous êtes démobilisé avec le grade de brigadier radio.

André, vous nous remercions de nous avoir légué votre patriotisme. Vous resterez un exemple dans nos mémoires.

 Nous n’oublierons pas que le 6 juin vous avez rejoint ceux qui savaient que la lutte comportait pour la France de grands sacrifices. En cela, votre famille peut être fière de votre contribution aux actions qui ont permis de rendre honneur et dignité à la France.

Personnellement, je suis fier que la proposition d’une nomination dans l’ordre de la LH que j’ai établie en 2015 en me référant aux états de service de ce héros de la Résistance, déjà titulaire de la Médaille Militaire, ait permis qu’il soit retenu lors de la promotion réservée aux Anciens Résistants valeureux.

André Grimaud est nommé chevalier l’année suivante.

Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur par le Colonel Marc Estrangin le 18/6/2016.

Outre la Médaille Militaire, André est titulaire des décorations militaires suivantes :

  • Croix de de guerre 39/45
  • Croix du combattant volontaire
  • Croix du combattant
  • Croix du combattant volontaire de la Résistance,
  • Médaille commémorative française de la guerre 39/45
  • Médaille des blessés de guerre

La Section de la Médaille Militaire de Crest et la Fédération des Unités des FFi de la Drôme que je préside,  les Combattants Volontaires 26 présidés par le cel Michel Brault, ici présent, le Comité du Souvenir Français de Crest présidé par Gérard Crozier que je représente, témoignent toute leur reconnaissance et adressent à ses enfants Danielle, Michel, Chantal, Roland, à ses petits et arrières petits-enfants, à sa famille et à ses amis, en cette triste circonstance, leur sympathie sincère et leurs fraternelles condoléances en adressant une pensée particulière à Yvonne son épouse décédée le 22/11/2001 et à ses fils Gérard, décédé le 29/7/1974 et Patrick décédé le 19/8/1978.

Daniel Cuoq,

Président de la 651ème Section de la Médaille Militaire de Crest,

Président de la Fédération des Unités FFI de la Drôme et de la Mémoire de la Résistance,

Vice-président du Comité du Souvenir Français de Crest,

Administrateur national FNCV et vice-président de la CV Drôme.


  • Celui de la SMLH

Crest, le 5 février 2019

Obsèques d’André Grimaud, chevalier de la Légion d’Honneur

Eloge du Président du comité Vallée de la Drôme

de la Société des Membres de la Légion d’Honneur

André Grimaud aura tout au cours de son existence été un homme d’engagement et de service, conjuguant ténacité et modestie.

Dans tous les épisodes de sa vie auxquels il s’est trouvé confronté et qui nous ont été rappelés, il s’est illustré par son implication, son travail et son dévouement.

Il a su s’inspirer de l’exemple marquant de son père au cours de la guerre de 1914-1918, et aussi prolonger la tradition familiale donnant au travail une place prépondérante.

Ainsi, dans son action militaire, courageusement, malgré une blessure, il a tenu à reprendre sa place parmi ses camarades pour poursuivre solidairement le combat. Son moral et sa tenue étaient remarquables.

De même, dans la vie civile, père de famille nombreuse, il a fait face aux nécessités de l’existence, en s’adaptant avec calme aux contraintes et obligations professionnelles. Simultanément, il aura contribué à la vie associative comme bénévole, notamment au profit de ses camarades de combat. Il inspirait confiance par son sérieux.

La perte de ses proches l’a affecté, mais il a aussi su affronter cette épreuve.

Il laisse de la sorte un bel exemple aux générations futures, où ce que l’on peut faire pour les autres l’emporte sur la préoccupation de soi.

De son régiment, le 11ème Cuirassiers où il servit de fin 1944 à début 1946, il a bien appliqué la devise : « Toujours au chemin de l’Honneur ».

Pourtant, ne se mettant pas en avant, il aura été longtemps négligé dans les marques de reconnaissance.

En 2016, la remise de la Légion d’Honneur, notre plus haute distinction nationale, est venue rétablir et couronner la gratitude qui lui était due.

Ayant associé les mérites militaires et les mérites civils, il répondait parfaitement au souhait du fondateur de l’Ordre qui voulait fondre en une seule communauté ceux qui, dans tous les domaines de l’existence, avaient servi le pays de manière exceptionnelle.

Il avait accepté avec joie et simplicité cette distinction. Son souvenir nous portera pour affronter nos propres difficultés dans un esprit engagé et positif.


Retour aux articles