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Section de la Drôme

Une plaque en mémoire de Gaston Sallier

24 mars 2019

Le Lundi 25 Mars, nous étions réunis à SAVASSE, en présence de Mme le Maire de cette cité,pour le dévoilement d'une plaque en mémoire de Gaston SALLIER.

Nous représentaient à cette occasion, notre Président le Général Alain ROCHE, le Vice-Présidenr, le Dr André ALLAND, notre Secrétaire, Mme Monique MARTINEU, (Ancienne Maire de SAVASSE),Mme Pierrette GARY,  le Colonel Gilles MICHEL, Mr Roland FERNEZ Mr Jean Claude LAUNAY étant notre Porte-Drapeau.

4 allocutions ont retracé la mémoire de Mr Gaston SALLIER, et nous permettons de les reproduire ci-dessous.

Et tout d'abord celle du fils de Gaston SALLIER:

 

Mesdames Messieurs,

En 1914 mon grand père paternel, était à la guerre. Son fils Gaston, mon futur père, devint chef de famille à 12 ans. Il remplissait de cailloux les wagonnets de l'usine à chaux de Lafarge, ici à l'Homme d'Armes.

En 1919 un homme avec un seul oeil, et une jambe de bois rentra chez lui, sa femme était morte de faim et son plus jeune fils Gilbert de tuberculose. Mon père avait 17 ans, il était maigre. Son destin était d'être ouvrier chez Lafarge. Il s'engagea dans l'armée, dans la cavalerie.

Pour la première fois de sa vie il mangea à sa faim. Il grandit de 10 centimètres pour atteindre un mètre quatre vingt dix. C'était un athlète du bataillon de Joinville escrimeur et gymnaste. Il épousa ma mère ils eurent trois enfants tous nés dans cette maison. J'étais le plus jeune des trois.

La drôle de guerre éclata mon père se retrouva à tourner en rond avec son bataillon de cavalerie sur la frontière Belge. Un soir dans les Ardennes le régiment en repli élastique comme on disait alors, avait dans la panique oublié son drapeau. Mon père sur son cheval Annibal fit demi tour en pleine nuit, pour récupérer le drapeau. Il y gagna une citation. J'ai retrouvé un carnet qui répertorie toutes les étapes qui devaient conduire ces soldats à Castres plein sud où ils furent démobilisés.

Devenu un civil mon père trouva refuge chez ses beaux parents avec sa femme et ses trois enfants dans cette maison derrière moi. Nous étions huit personnes en 1940. Quatre hommes et quatre femmes. Quatre ans plus tard il ne restait que trois femmes et un enfant: moi, j'avais 10 ans.

Démobilisé après la débâcle de juin 1940 mon père enfant du pays, avait obtenu un emploi militaire dans les « Gardes des Communications » de la Drôme. Position idéale pour renseigner son réseau de résistance. Il fut rétrogradé de son grade de lieutenant à celui d'Adjudant Chef. Il s'habilla alors en civil. Je le revoie dans sa grande pèlerine bleu foncée.

Des inconnus séjournaient fréquemment pour quelques jours à la maison puis ils disparaissaient. Je me souviens d'un homme jeune u nom de Daniel qui avait bourré tant de pain dans son « café » de grains d'orge torréfié qu'il n'y avait plus de liquide dans le bol. J'appris plus tard que les allemands l'avaient tué avec beaucoup d'autres maquisards dans le couvent d`Aiguebelle.

J'ai retrouvé un carnet où mon père avait noté le point kilométrique de tous les ponts de la voie ferrée et en particulier celui du très étroit canon dit du « Robinet de Donzère » endroit idéal pour saboter la voie ferrée. C'est à cet endroit que la Milice l'aurait repéré et photographié depuis un wagon abandonné. Selon d'autres versions il aurait été dénoncé.

Il y a 75 ans aujourd'hui que la Gestapo à Vivier arrêtait et torturait sauvagement mon père qui n'a jamais parlé. Sept mois plus tard cet athlète, ce résistant mourait dans un baraquement du camp d'extermination de Bergen Belsen. Ses compagnons de misère avaient à sa demande confectionné une petite croix de lorraine avec des éclats de bois et un bout de ficelle. Il expira en la tenant dans ses mains. Il avait 42 ans.

Le jour de son arrestation un 25 mars 1944 au matin, il faisait gris et froid. Je me souviens de ce jour, c'était un mardi. Petit garçon je jouais dans la garenne au lieu de faire mes devoirs d'école. J'arrive en courant sur cette place, là où nous sommes en ce moment, une traction avant noire stationnait. Mon instinct m'a fait comprendre, non, ressentir qu'une catastrophe était arrivée. Je grimpais en courant l'escalier. Dans la chambre de mes parents je vis ma mère terrorisée, les mains sur la bouche, et des types en noir que je voyais de dos cassaient tout dans la pièce. Perquisition de la Gestapo.

Je n'avais que 9 ans et demi mais je savais déjà que 1 `on torturait les enfants pour faire parler les pères. Je m'enfuis dans la garenne, et m'abritais au pied d'un grand pin. Il faisait noir et froid. Comme tous les gamins j'étais en culottes courtes avec des galoches en bois aux pieds.Vers deux heures du matin, à pas de loup, je rentrais chez moi. Ma mère ne parut pas surprise de me voir. Elle me chercha un refuge dans le village. Je passais la nuit dans un berceau de bébé beaucoup trop petit pour moi chez une femme seule avec deux enfants Madame Bourrie. La seule qui accepta de m'abriter.

Cinq mois plus tard, le 23 août 1944 la gestapo arrêtait André Bloch et enfermait toute la famille à l'hôtel du Parc à Montélimar le père la mère et leur petite fille Monique. André Bloch, juif et résistant d'un maquis du Vercors connaissait mon père. Il périt à Auschwitz à une date inconnue. La petite fille par miracle échappa au piège. Elle trouva refuge chez nous. Elle est ici, présente à mes cotés depuis 61 ans. Nous avons trois enfants sept petits enfants, trois arrières petits enfants. Ce sont les descendants de Gaston et d'André.

Cette cérémonie est pour moi le requiem et le Kaddish de deux hommes morts sans sépulture qui luttaient contre la barbarie nazie.

 Mon frère ainé lui rejoignait à 17 ans en Tunisie la Première Division Française Libre (1ère DFL), la fameuse, celle qui remontait du Tchad. Il trouva la mort le 15 décembre 1944 à 21 ans devant Belfort après avoir combattu en Cyrénaïque, Tunisie, Sicile, Italie Corse et Fréjus. Son corps est au cimetière de Savasse.

Les nazis n'ont pas gagné.

 La seconde allocution fut celle de notre secrétaire/trésorière, Monique MARTINEU, qui, en tant qu'ancienne Maire de SAVASSE, avait été à l'origine de cette manifestation, et elle était suivie par celle de notre président , le Général Alain ROCHE.

 

 

 

 

 

La dernière allocution, que nous reproduisons ci-dessous,  fut prononcée par Daniel CUOQ, président de la  FEDERATION DES UNITES F.F.I. de la DROME et de la MEMOIRE de la RESISTANCE.

Gaston SALLIER, né le 19/9/1902 à Savasse, Résistant, Mort en déportation.
Il est âgé de 38 ans en 1940 sous la France occupée.
Sous-Chef de secteur aux garde-voies, il est contacté par le « mouvement Combat » qu'il renseigne sur les ouvrages des voies ferrées et la circulation des trains. (Il est homologué RIF avec le grade de S/Lieutenant de la Résistance Intérieure Française).
En 1943, les signalements précis qu'il transmet régulièrement à la Résistance facilitent les actions de sabotages des voies ferrées. Grâce à la bravoure de ces hommes courageux, les destructions ciblées des voies ferrés entre Loriol et Châteauneuf du Rhône perturbent pour le moins, toute la circulation ferroviaire dans la vallée du Rhône.
A la mi-mars 1944, Gaston Sallier est choisi par le Cdt Drouot alias l'Hermine (chef départemental FFI) pour suppléer le Capitaine Vallières commandant la 17ème Cie qui se voit confier la coordination des actions des groupes francs-tireurs de la Région R1.
A la fin Mars 1944, la gestapo dépendant de Lyon et basée à Montélimar arrête Gaston Sallier en gare de Montélimar, pour faits de résistance.
Gaston Sallier, interrogé, torturé ne parle pas. Il est déporté par le convoi parti de Compiègne le 15/7/1944 à destination du camp de Neuengamme puis transféré à Bergen-Belsen où il décède le 15/10/1944.
A la Libération, le capitaine Vernier dit « Vallières » (organisateur des groupes de Résistance dans la région montilienne) écrira : « « C'était un garçon animé de toutes les plus belles qualités..., son courage était à toute épreuve. Toujours à l'affût, agent de renseignements précieux, il a participé aux coups de main, sabotages « «
Le Lieutenant Gaston SALLIER, mort en déportation mérite toute notre gratitude. Ce Résistant est un remarquable exemple de courage, de dévouement pour l'amour de la France.
La Fédération des Unités F.F.I. de la Drôme et de la Mémoire de la Résistance remercie respectueusement la famille de ce héros, de l'initiative de ce moment mémoriel.

 

 

 

 

 

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