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Section de la Drôme

LE TRAIN FANTOME

10 octobre 2017

LE TRAIN FANTOME

JUILLET – AOUT  1944

Le  26 aout  2017 une manifestation  patriotique a été organisée  devant la gare de PIERRELATTE en mémoire du  train fantôme. La prochaine manifestation sera le 26 août 2019.

 

Le train fantôme fut l’un des derniers convois de déportés, en France, à transporter sa cargaison de prisonniers, dans des wagons à bestiaux, vers les camps de concentration nazis, en juillet et août 1944, au moment où la France se libérait, où l’aviation alliée bombardait les voies ferrées, où les maquis faisaient sauter les rails, les ponts pour entraver le déplacement des occupants. Il comporta au total, autour de 750 détenus, pour la plus grande part  résistants, livrés par la police française aux Allemands. Ce train, depuis son premier départ, à Toulouse, mis près de deux mois pour parvenir à DACHAU. De là , les femmes furent dirigées vers RAVENSBRUCK et de nombreux hommes vers  MATHAUSEN . Près de la moitié de ces déportés périrent dans les camps. Ce nom de train fantôme lui fut donné dès les premiers jours de son périple : sans doute parce qu’il ne cessait d’apparaître, de disparaître, de s’évanouir dans la nuit. Il fut aussi, de tous les convois de déportation, celui qui compta le plus grand nombre d’évasions.

LE CAMP DU VERNET

Plus de la moitié des déportés étaient issus du camp de concentration du VERNET (Ariège) où étaient enfermés les étrangers indésirables et dangereux pour la Défense Nationale. On y trouvait des allemands et autrichiens antinazis, des républicains espagnols, des antifascistes italiens, anciens des brigades internationales et des juifs. A la fin du mois de juin 1944, il ne restait au Vernet qu’un peu plus de 400 internés. Le 30 juin, l’ordre d’évacuation  du camp est donné. 403 détenus sous la conduite d’une escorte allemande assistée par quelques miliciens français sont poussés à coups de crosse dans les autobus qui les conduisent à la caserne Caffarelli à TOULOUSE, où ils sont enfermés pendant deux jours.

DEPART DE TOULOUSE

Le 2 juillet les détenus sont entassés dans un train à la gare de TOULOUSE : ils sont 70 par wagons. Le dernier wagon  est une plateforme munie dune mitrailleuse destinée à répondre aux attaques aériennes et neutraliser toute éventuelle évasion. 150 prisonniers de la prison Saint Michel de TOULOUSE, résistants pour la plupart sont intégrés au convoi. Les panneaux des portes sont verrouillés, les fenêtres sont barrées par des barbelés et des planches clouées.  Une carte ferroviaire de cette période montre qu’il est pratiquement impossible de voyager en train. Il est donc décidé, de diriger le train vers Bordeaux, puis  vers   Angoulême et Poitiers pour contourner les difficultés de la région parisienne. A l’intérieur des wagons les conditions d’hygiène deviennent vite intolérables : les détenus souffrent de la soif, de la chaleur, de la faim et de la promiscuité.

LE TRAJET VERS ANGOULEME

Le train s’achemine vers Bordeaux. Le 3 juillet  un jeune résistant, des FTP du Languedoc, Ange ALVAREZ, parvient à s’évader du train malgré les tirs des allemands. Il rejoindra la résistance et participera aux combats de la libération. A PARCOUL–MEDILLAC, le train est mitraillé par cinq bombardiers américains. Quelques déportés parviennent, par les lucarnes à agiter des chiffons destinés aux aviateurs alliés qu’il s’agit d’un convoi de prisonniers. L’attaque a provoqué plusieurs morts et blessés. Le train redémarre  et atteint Angoulême le  6 juillet. Au-delà, les voies étant coupées, le train revient à Bordeaux dans la nuit du 8 au 9 juillet où il reste bloqué pendant trois jours. Les détenus  sont autorisés à sortir du train le 12 juillet et conduits sous escorte vers la synagogue.

LA SYNAGOGUE DE BORDEAUX

Les 24 femmes du convoi sont séparées des hommes puis enfermées à la caserne BOUDET. Les hommes  sont enfermés pendant quatre semaines dans la synagogue. Les conditions de détention sont extrêmement dures : pourtant les détenus ne baissent pas la tête. Le 14 juillet ils organisent même une manifestation patriotique : des drapeaux tricolores de fortune sont confectionnés. Noel Peyre -Vidal  résistant de l’Ariège fait respecter une minute de silence et prononce un discours, enfin la Marseillaise est chantée. 

 

DE BORDEAUX  A LA VALLEE DU RHONE

Un nouveau contingent de 150 détenus, pour l’essentiel des résistants du Sud-Ouest, est ajouté au convoi. Le train repart le 9 août vers Toulouse puis vers Agen et Montauban. Le chef du  train  tente en utilisant les voies ferrées encore utilisables de remonter vers la vallée du Rhône. Le 11 au soir le train s’immobilise à NIMES puis parvient le lendemain à Remoulins où il reste immobilisé quatre jours. Les déportés à qui l’on ne permet  de sortir que quelques minutes pour boire un peu d’eau et faire leurs besoins  souffrent plus que jamais de la soif, de la faim  et de la chaleur. L’objectif du chef de train est de rejoindre Avignon, de l’autre côté du Rhône. Le 17 août il est décidé d’engager le train jusqu’à Roquemaure où l’on  s’efforcera  de faire traverser le fleuve à plus de 700 déportés. Le train circulant à vitesse réduite, de nombreux détenus en profitent pour s’évader pendant la traversée du tunnel d’Aramon. Ils rejoindront presque tous les maquis de la région.  

17 KILOMETRES A PIEDS DEPUIS ROQUEMAURE

C’est l’un des épisodes les plus atroces dans le calvaire des déportés. Ceux-ci sont extraits du train et conduits, sous escorte armée,  traversant le Rhône. Les détenus vont effectuer une marche forcée de 17 kilomètres, sous un soleil torride, portant leur paquetage pour rejoindre la gare de Sorgues au nord. Certains ne tardent pas à s’écrouler, frappés d’épuisement et d’insolation. Harassés et suffocants, ils trouvent malgré tout la force de chanter la Marseillaise en traversant le village de Châteauneuf du Pape. Arrivés à Sorgues les détenus sont remis dans un train : le train fantôme est reconstitué.

SORGUES

C’est à Sorgues que les déportés du train fantôme reçoivent de la population les premières marques de soutien  et de bienveillance. Des cheminots leur apportent de l’eau, plusieurs habitants de Sorgues leur font transmettre des œufs durs , des tomates, des fruits et même parfois du vin . Les cheminots  entreprennent de favoriser les évasions et ils y parviennent à 30 reprises.  Ce n’est que bien plus tard, en 1990, que l’on pourra recueillir les témoignages des habitants de Sorgues, ou de leurs enfants, qui ce jour là, au péril de leur vie, ont aidé les déportés ou leur ont donné refuge ? les gardant parfois chez eux jusqu’à la libération. En règle générale, on peut considérer qu’un grand nombre d’habitants de Sorgues se sont, à cette occasion, comportés comme des justes. Aux premières heures du 19 août le train s’ébranle vers Montélimar.

LE MITRAILLAGE DE PIERRELATTE

Vers 10 heures du matin, le train est en  gare de Pierrelatte. Il est alors longuement mitraillé par des aviateurs américains qui l’ont pris pour un convoi militaire allemand remontant vers le front. Les déportés réagissent par les lucarnes et les aviateurs comprennent leur méprise et s’éloignent. Les dégâts sont considérables. Des balles ont pénétré dans plusieurs wagons. Des cris fusent. Le train est immobilisé entre le pont noir et la gare de Pierrelatte. Le docteur PARRA, ancien responsable des services sanitaires du Vernet assisté d’un détenu Belge, le docteur Van DYCK, obtiennent l’autorisation d’inspecter les wagons. Il y a cinq morts et  une quinzaine de blessés. Le docteur JAUME de Pierrelatte, accompagné de sa femme se rend sur place et tente de fléchir les allemands pour que les blessés soient amenés à l’hôpital. On le lui refuse. Après une longue attente, une motrice arrive, destinée à se substituer à la locomotive endommagée. Elle poussera le train jusqu’à Montélimar où il arrive vers 16 heures. Il repart le lendemain  et parvient à Livron  où le viaduc a été endommagé.  Douze déportés ont pu s’évader pendant le trajet.  Les déportés rejoignent l’autre rive de la rivière qui est presque à sec et retrouvent  de l’autre côté un convoi  identique  à celui qu’ils viennent de quitter. Le 20 au soir le train arrive péniblement à  la gare de Valence, désertée. Les déportés, ravitaillés par les Croix- Rouge reçoivent quelques signes d’encouragement. Le 21 août, le train repart de Valence et  par vient  v ers minuit en gare de Lyon où il reste jusqu’au 23 août.

LES DERNIERES ETAPES DU TRAJET

La suite du voyage ressemble à un cauchemar. Le train mettra finalement cinq jours depuis Lyon avant d’atteindre l’Allemagne. De Lyon à Villefranche, le train s’arrête à toutes les gares. Il parvient à Chalons sur Saône, puis à Beaune, Dijon, Neufchâteau, Nancy  et Metz. Il parvient à Sarrebruck le 26 et le 28 août à DACHAU. 

LES ULTIMES EVASIONS

La plus grande partie de ces évasions (70)  a lieu entre Ardilly et Neufchâteau.

 L’ENFER DES CAMPS 

Lorsque les déportés du train fantôme, après une longue attente  sur la place d’appel, sont immatriculés à DACHAU, on en dénombre 536 dont 63 femmes. Les femmes sont transférées vers Sarrebruck. Les hommes restent à DACHAU, dépouillés de leurs effets , désinfectés, tondus et revêtus de la tristement célèbre tenue rayée. Ils portent un numéro  sur leur étoile et sont dirigés vers les baraquements du bloc 21. Il n’existait pas de chambre à gaz à DACHAU. Ce camp devient très vite surpeuplé. Une épouvantable épidémie de typhus se répand et fait des ravages. Pour résoudre les questions de surpeuplement  et de désinfection, les SS forcent les détenus  a parcourir nus dans la neige, les 400 mètres qui les séparent de la salle des douches, en les laissant des heures, voire une journée entière dans cette salle où règne le même froid  qu’à l’extérieur, avant de les reconduire, toujours nus, vers leurs baraquements. Très peu survive nt à ce régime. De multiples déportés du train  fantôme sont morts ainsi. Dans le bloc 21, ou beaucoup de déportés du train fantôme sont demeurés, il n’en reste en avril 1945  qu’un seul. Dans  les premiers mois de 1945, on peut considérer que DACHAU est devenu un véritable camp de la mort. Les déportés du train, fantôme transférés à MATAHAUSEN  connaissent un sort non moins terrible. La moitié des femmes  du train fantôme arrivées à Ravensbruck sont elles aussi mortes en déportation.

 

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