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Section de la Drôme

Cérémonie du 77eme anniversaire de la libération de Nyons

29 août 2021

CEREMONIE COMMEMORATIVE du 77eme ANNIVERSAIRE DE LA LIBERATION DE NYONS

 

                           

 

IN MEMORIAM

En ce lieu, il y a 77 ans, le 22 août 1944, tombaient au combat six résistants du 1er régiment FTPF sud-Drôme :

 – Pierre AGNIEL, 31 ans, département du Gard ;

 – Lucien ALLONGE, 19 ans, département des Bouches du Rhône ;

 – Julien BAUDRU, 39 ans, département de l'Aude ;

 – Jean CANALI, 23 ans, département de la Corse ;

 – Lucien SIMON , 31 ans, département du Bas-Rhin ;

 – René TURLE , 24 ans, département de la Drôme ;

Ces cinq combattants appartenaient à la 3e section de la 2e compagnie du 1er bataillon.

    – Marc SARRUT, 39 ans, département de la Dordogne, tombé pendant les combats de  l’après-midi. Il appartenait au bataillon Morvan.

  En stoppant ici l’avance allemande, ces hommes, par leur sacrifice, ont sauvé Nyons de combats mortels et destructeurs dans ce temps où dans ses murs se rassemblaient trois bataillons

 N’oublions pas leurs camarades de combat qui ont tenu la ligne de défense contenant le mouvement offensif allemand de l’après-midi du 22 août. J’en ai connu, ici même, quelques-uns et je vois encore leur visage, humble, parmi l’assistance ; jamais ils ne se mettaient en avant, par respect. Ils témoignaient par leur présence le souvenir de leurs camarades tombés à côté d’eux il y a 77 ans. Comme me le confiait une résistant à l’occasion d’une cérémonie :

  « nous sommes vieux à présents mais lorsque nous pensons à nos camarades morts, nous les               voyons tels qu'ils étaient alors : de jeunes hommes ».

Aujourd’hui, tous se sont retrouvés dans un au-delà et leur mémoire n’est plus là pour témoigner. Leur temps est passé mais par votre présence la mémoire des événements et de ces héros demeurent.

Tant que des femmes et des hommes se tiendront ici seront vivants ces hommes qui ont fait le sacrifice suprême de leur vie de s’engager dans le combat clandestin pour, selon la devise de l’un des maquis de La Lance, échapper à l'Allemagne et ne pas mourir asservi.

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 Dimanche matin, le 29 aout 2021, les membres du comité de la Drôme Provençale ont participé à la cérémonie commémorative du 77eme anniversaire de la libération de Nyons devant la stèle du Bois de Saint Pierre.      

Le comité  était représenté par son président le lieutenant-colonel (er) Marcel SIRDEY, Monsieur, Madame FRA et que le colonel (er) Roland MICHON porteur du drapeau de la Légion d’Honneur

                                              

Monsieur Thierry CHAZALON, historien, a prononcé une allocution sur la libération de Nyons qui a été très remarquée par les autorités. L’intégralité de ce texte écrit a été reporté et inséré sur le site SMLH 26 avec l’accord de son auteur.

                                                    

Puis ce fut le traditionnel dépôt de gerbes

La cérémonie se termina par la Marseillaise.

                                                          

 

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ALLOCUTION DU 29 AOÛT 1944 – BOIS DE SAINT-PIERRE

 

Nous sommes rassemblées, ici, quartier Saint-Pierre, pour maintenir vive la mémoire des résistants tombés au combat, pour la libération de la France, pour le rétablissement des valeurs républicaines, tous soldats volontaires de la Résistance française et dont le sacrifice, ce 22 août 1944, permit que Nyons et sa population soient épargnés des ravages de la guerre. Ces hommes étaient attachés aux premier et deuxième bataillons du 1er régiment FTPF Sud-Drôme.

LE CONTEXTE MILITAIRE

Les 15 et 16 août 1944 débarquaient sur les plages de Provence, entre Toulon et Saint-Tropez, la 7e armée américaine composée de trois divisions d'infanterie de l’US Army et de quatre divisions françaises de l’armée du général de Lattre de Tassigny.

 Face à elles neuf divisions allemandes sont déployées sur le pourtour méditerranéen de Biscarrosse à Menton. Parmi elles, une division blindée vétérane du front de l’Est : la 11.Panzer-Division. Une dixième division contrôle les Alpes, d’Aix-les-Bains à Grenoble.

                  Le débarquement est un succès.

Pendant que les divisions françaises foncent vers Toulon et Marseille, le 19 août, de Draguignan s’élancent les 36e et 45e divisions américaines projetées par la route Napoléon vers le cœur des Alpes.

Ces deux divisions ont pour missions :

– de se porter à Grenoble pour verrouiller et sécuriser le flanc droit de l’armée alliée débarquée en bloquant toute offensive des divisions allemandes basées en Italie ;

– par une large manœuvre enveloppante, de déborder pour enfermer dans la vallée du Rhône l’armée allemande dans un chaudron pour la contraindre à la capitulation.

 Le lieu où le couvercle sera refermé n’est pas encore arrêté : Lyon ? Pont-de-l’Isère et le défilé de Tain ? Livron et la vallée de la Drôme ? Montélimar et le couloir de La Coucourde ?

 Gap est libérée le 20 août par le bataillon Morvan du 1er régiment FTPF Sud-Drôme, unité qui combattra, ici même, dans l’après-midi du 22 août.

 C’est aussi à cette date que les divisions allemandes engagent leurs opérations de retraite du sud de la France principalement par l’axe stratégique de la vallée du Rhône :

                              – 75 000 hommes par la rive est, principalement par la route nationale 7 ;

                              – 45 000 hommes par la rive Ouest, principalement la route nationale 86.

 Disons ici quelques mots de la situation locale : Nyons s’est libérée le 6 juin 1944 et est administrée par le Comité local de Libération sous l’autorité d’Albin VILHET. La ville est épargnée des grandes opérations de représailles menées par la Wehrmacht notamment celle du 12 juin 1944 à Valréas et Taulignan puis en juillet dans le Vercors.

À Nyons, seule la prévôté organisée par le Comité local de Libération assure la sécurité et le maintien de l’ordre. La résistance armée dans le sud du département s’articule autour des :

          – 1er régiment FTPF sud-Drôme dont les compagnies sont étalées sur un large secteur à l’Est : Laragne, Monclus, La Charce, Rosans, Rémuzat jusqu’à Buis-les-Baronnies ;

         – 4e bataillon FFI (Armée secrète) dont les compagnies, notamment « Matout » et « Le Strat », sont déjà en embuscade près de la RN 7 depuis le 16 août

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                              LES ÉVÉNEMENTS

C’est avec impatience que la population attend l’arrivée des Américains. Le 21, un samedi, on dit qu’ils sont à Verclause ! ; une trentaine de kilomètres à parcourir soit une journée à attendre pour respirer sans l’oppression de craindre un possible retour des Allemands comme l’ont vécues les communes martyres de Taulignan et de Valréas deux mois plus tôt.

   (Toujours) le 21, le régiment FTPF reçoit l’ordre de « Faire mouvement vers l’Ouest afin que le régiment FTPF soit groupé en vue d’actions massives vers la RN 7. Mouvement terminé le 22 à minuit ». La zone de regroupement est Nyons.

Du côté allemand, le commandement — n’ayant plus d’aviation à disposition — déploient en éventail sur toutes les voies d’accès des Alpes descendant vers la vallée du Rhône le détachement de reconnaissance de la 11.Panzer-division pour localiser puis fixer les pointes américaines. Nyons est l’une des six portes à verrouiller pour bloquer l’entrée des troupes américaines sur l’axe principal de retraite de la Wehrmacht : la vallée du Rhône. D’ici, les troupes de la 36e division US peuvent se répandre sur un large secteur de Bollène à Allan au sud de Montélimar pour interdire toute circulation sur la RN 7.

 Dans la nuit du 21 au 22 arrive un premier véhicule des FTPF, un camion gazogène bleu de marque Éclair transportant sur son plateau la 3e section de la 2e compagnie du 1er bataillon du 1er régiment FTPF sud-Drôme. Suivent déjà le canon de 37 mm et son attelage porte-munitions capturés sur une colonne allemande à Montclus au mois de juin par le bataillon « Morvan ». Par rotation, c’est toute la 2e compagnie qui se regroupe dans Nyons, les hommes bivouaquant où ils le peuvent, dans cette chaude nuit de l’été.

 

   Dimanche 22 août. Tous pressentent que cette journée pourrait être celle de la libération ; Nyons est pavoisée de drapeaux tricolores, chacun s’affaire dans cette ambiance joyeuse mêlée à l’activité des résistants qui s’égayent dans la petite cité pour se ravitailler, faire un brin de toilette avant que soit donné l’ordre de départ. Parmi la population, l’inquiétude s’éloigne car on dit à qui veut l’entendre que partout les Allemands retraitent et cherchent à se rendre. ; l’arrivée continue de résistants armés, que l’on a jamais vu aussi nombreux, rassurent.

 Pourtant......

         Arrivant à marche forcée de la région albigeoise par Montpellier–Avignon–Bollène, l’une des six colonnes du détachement de reconnaissance de la redoutable 11.Panzer-Division est déjà à Saint-Maurice-sur-Eygues. Elle progresse au pied du village perché de Vinsobres avant de marquer un arrêt au carrefour du pont de Mirabel afin d’y placer un poste de combat face à Mirabel-aux-Baronnies (située sur la rive droite de l’Eygues). Arrivant au domaine viticole du Coriançon, la colonne marque une pause ; seuls trois véhicules blindés reprennent leur progression par cette longue ligne droite qui mène à Nyons dont le point d’entrée est le quartier  Saint-Pierre. Ce quartier est traversé par un relief descendant orienté perpendiculairement à la route ; à sa gauche un bois le domine. Arrivée sur le haut de la côte, les automitrailleuses se placent, camouflées, en position d’observation. Déjà un véhicule venant de Nyons est repéré, il avance péniblement sous la charge d’hommes entassés sur le plateau arrière ; ce camion est de couleur bleu.

Si les unités de la résistance armée du Nyonsais sont déjà positionnées le long de la vallée du Rhône, des résistants sédentaires, habitant les communes environnantes assurent un service d’alerte en cas d’incursions ennemies. Le poste de surveillance de Saint-Maurice-sur-Eygues, 14 km à l’est de Nyons, envoie une estafette moto pour signaler le passage d’un convoi allemand. Arrivée à Nyons, elle traverse à grand bruit la ville, s’arrêtant de part en part, criant : Les Boches arrivent ! Les Boches arrivent !

Le lieutenant Pezet, commandant la 2e compagnie du 1er bataillon FTPF, prend la décision d’envoyer au carrefour du pont de Mirabel — distant de 5 km — un détachement précurseur à bord du seul camion disponible, le « gazo » bleu de marque Éclair. L’ordre de mouvement est donné à la 3e section. Le fusil-mitrailleur est positionné sur le toit de la cabine de conduite ; il est servi par un tireur et un chargeur avec comme chef de pièce l’adjudant Lucien Allonge qui commande la section. Les hommes se pressent sur le plateau arrière avec leurs armes et leurs paquetages. Les deux autres sections, une soixantaine d’hommes, partent à pied pour prendre une position de ceinture en dehors de la ville afin d’y fixer l’ennemi pour ne pas qu’ils pénètrent dans Nyons et éviter à la cité de combats destructeurs.

Le camion sort de l’agglomération. À son bord, le moral est excellent, les hommes veulent en découdre avec les Allemands. Le camion est à présent à quelques dizaines de mètres de la montée du quartier de Saint-Pierre ; sur sa gauche la ferme Mourier borde la route. Soudain le chauffeur voit se détacher de l’arrondi de la côte la silhouette d’un blindé allemand. Il crie ! À l’instant deux détonations déchirent l’air suivies des tirs des mitrailleuses des blindés allemands. Le pare-brise du camion vole en éclats. Le tireur du F.M. parvient à lâcher une rafale avant se s’écrouler, touché, sur son arme ; l’adjudant Allonge hurle – Sautez ! Sautez !  À son tour, il s’écroule. Implacablement les balles d’acier perforent de part en part le camion et les hommes.

D’un geste réflexe, le chauffeur braque tout à gauche pour sortir le véhicule de la ligne de tir et le mettre à l’abri des murs de la ferme Mourier. Aussitôt les hommes valides jaillissent du « gazo » ; ceux qui étaient installés à gauche sont morts ou blessés. C’est le chaos... Le jeune adjudant Lucien Allonge ne se relève pas ; un sergent fait ce qu’il peut pour organiser quelque chose. Parmi les hommes valides, quelques-uns portent secours aux blessés ; les autres se positionnent avec leurs armes en protection sur le pourtour du corps de bâtiment. Cinq hommes sont mortellement touchés.

 Aux feux des automitrailleuses se joignent ceux des véhicules restés en position au domaine du Coriançon : mitrailleuses, canons de 20 mm à tir rapide, mortiers de tout calibre, canon de 50 mm déploient un déluge de feu qui s’abat sur tout le bois et le quartier de Saint-Pierre, transperçant de mille éclats d’acier les façades des fermes et des dépendances agricoles, les portes sont trouées par les impacts de balles, les arbres sont écrêtées. Les rescapés s’attendent à voir les automitrailleuses progresser vers eux sous la protection de leur infanterie d’accompagnement. Il n’en est rien.

De Nyons, « au bruit du canon » les unités FTPF rejoignent à pied le quartier Saint-Pierre au fur et à mesure de leur arrivée dans la ville. Les hommes sont déployés à l’intérieur du bois en ligne à l’abri des murets d’un canal d’irrigation qui matérialise la ligne de résistance. Un No man’s land de trois cents mètres les séparent des positions Allemandes qui ont le désavantage d’être sur les bas du quartier et ne peuvent engager de mouvements enveloppants sans être repérés par les FTPF dont la position domine.

 S’engagent des combats qui durent la journée. L’après-midi, après un bombardement par mortiers et canons, une tentative allemande est bloquée notamment par les tirs du canon de 37 mm « de Montclus », que l’on a mis en position, laissant croire aux attaquants que les résistants sont soutenus par des parachutistes américains ! Mais dans cette action, un septième homme, Marc Sarrut, s’écroule mortellement atteint.

Le soir, les valeureux FTPF sont épuisés, les munitions manquent. Un repli est envisagé aux Pilles ; l’évacuation de la population est préparée. Le comité local de Libération retient la proposition du garagiste Monod de se porter sur Verclause à l’Est, à la rencontre des Américains pour les informer de la situation et demander l’envoi d’une troupe pour protéger la ville. Parti à la tombée de la nuit, il parvient à trouver le commandant du 142e régiment US de la 36e division « Texas » et à le convaincre de sauver Nyons.

Le 23 août, un groupe de combat de ce 142e régiment US, en route vers le carré de bataille de Montélimar, se dévie sur Nyons et arrivent par l’Est en suivant la vallée de L’Eygues. Des batteries d’artillerie sont mises en position quartier des Guards et bombardent les lignes ennemies contraignant les Allemands à desserrer leurs étreintes de quelques kilomètres plus à l’ouest : – du Coriançon jusqu’au carrefour du pont de Mirabel ; – de Venterol jusqu’au col de Novezan (direction Valréas).

                              Nyons respire, Nyons est libérée.

                              Croyait-on…

 Car le 25 août, à l’est de Montélimar, la 11.Panzer-Division lance une offensive de grand style avec tous ses moyens avec pour objectif principal Crest par laquelle transitent tous les flux de ravitaillement et de renforts américains à l’intérieur du carré de bataille de Montélimar. Si Crest tombe, c’est la 36e Infantry Division US qui serait anéantie. Face au désastre qui pointe, le commandement américain ordonne dans la journée à ces unités de se concentrer dans le secteur est de Montélimar pour contenir la poussée allemande avec comme mission principale de tenir Crest à tout prix. Les éléments du 142e régiment décrochent de Nyons dans la nuit ; pour la population, c’est la stupeur et l’effarement d’être abandonnée par les G.

 Dès lors la crainte d’un retour offensif allemand se transforme en  panique : une nouvelle fois, l’ordre d’évacuation est lancé. Direction l’Est et les villages de Condorcet, Bouvières, Sahune jusqu’à Rémuzat. Mais les troupes allemandes en position au pont de Mirabel ne profitent pas de l’opportunité offerte pour renforcer leurs positons en s’enfermant à l’intérieur des murs de la ville. Elles ne mènent que des activités de patrouilles légères jusqu’aus quartiers Saint-Pierre et Saint-Martin.

La libération. Enfin.

C’est par le sud, le jeudi 26 août qu’arrive de Vaison-la-Romaine la 3rd division d’infanterie américaine qui remontant par la vallée du Rhône pousse devant elle l’arrière garde de la 19e armée allemande. Au pont de Mirabel, les Allemands évacuent leurs positions et à leur tour entament la remontée vers le Nord. Grignan puis Allan le 27, Montélimar le 28. Ils tenteront de passer le « chaudron » de La Coucourde puis celui de Loriol–Livron pour rejoindre Lyon, au-delà Dijon et les frontières du Reich.

Nyons est définitivement libérée.

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