Espace membre : si vous êtes adhérent de la section de la Drôme, vous pouvez si vous le souhaitez   vous connecter.
Section de la Drôme

Cérémonie d'Hommage à Jean MONIN ( 1927 2019 )

6 juillet 2019

En cette belle journée ensoleillée du samedi 6 juillet 2019, une foule immense s'est rassemblée dans l'église Notre Dame de Lourdes à ROMANS autour de la famille de notre camarade Légionnaire du comité de Romans Vercors Jean MONIN, commandeur de la Légion d'Honneur, décédé le 2 juillet.

Venant de tous les horizons, les 45 drapeaux d'associations représentaient dignement l'ensemble du monde combattant et des ordres nationaux. Tous tenaient à dire adieux à ce grand homme, offrant ainsi en fin de cérémonie un "linceul" avec les trois plus belles couleurs que Jean MONIN aimait, celles de notre beau pays, "le BLEU, le BLANC, le ROUGE".

Le parcours exemplaire de Jean MONIN a été évoqué par de nombreuses autorités. Le général de corps d'armée Denis SERPOLLET est intervenu au nom de la SMLH Drôme accompagné du drapeau de la section. Vous trouverez l'intégralité de son intervention ci dessous .

____________________________________________________________________________________

Il est des hommes qui marquent leur temps par leur action, leur personnalité, leur courage et leur exemple. Jean MONIN était de ceux-là !

Aujourd’hui, c’est avec une profonde tristesse, qu’au nom de l’ensemble des membres de Ordres nationaux, de la Médaille militaire et des associations du monde combattant, et en présence des drapeaux qui symbolisent notre Patrie qu’il a si bien servie, je viens rendre hommage à notre ami, Jean Monin, qui vient de nous quitter à l’âge de 92 ans, figure ô combien emblématique, estimé et respecté de tous.

Mais, je voudrais, tout d’abord, dire à son épouse, Simone, qui l’a toujours si efficacement secondé, à ses enfants, Richard & Dany, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, combien nous partageons leur immense peine et combien nous admirons leur dignité et leur courage.

Résistant à 16 ans, en Haute Savoie, au sein du légendaire Corps franc « Simon », proche du Maquis des Glières, arrêté en janvier 1944 dans une embuscade tendue par les Allemands, interné au fort de Montluc, Jean Monin est déporté au camp de la mort de Mauthausen en avril de la même année. Dans sa 17°année, il survivra à l'anéantissement, grâce à sa volonté de se battre, de ne pas subir, de résister une nouvelle fois.

Le 5 mai 1945, le sinistre camp de Mauthausen est libéré par les Américains et Jean Monin va retrouver sa famille, non pas où il l’avait laissée en Haute Savoie au moment de son arrestation, mais dans la région romanaise, où elle est installée depuis le printemps 1944.

En effet, après l’arrestation de son fils en janvier 1944, son père, Henri Monin, sous- officier de Gendarmerie, avait été muté par mesure disciplinaire pour faits de résistance à la brigade de Gendarmerie de Saint Nazaire-en-Royans. Ironie de l’Histoire, ce père, que Jean Monin admirait tant et qui avait profondément forgé son âme de patriote, va se trouver, en juillet 1944 en plein cœur des combats du Vercors. Prenant alors le maquis, le MdL/Chef Henri Monin allait intégrer, en tant que chef de groupe, la mythique section des Tirailleurs Sénégalais du lieutenant Moine qui prendra part notamment à la libération de Romans-Bourg de Péage à la fin du mois d’août. Père & fils farouches résistants, bon sang ne saurait mentir...

C’est ainsi que Jean Monin, de retour de Mauthausen, fondera une famille, ici, à Romans- sur-Isère, en épousant Simone, tout en gardant des liens étroits avec ses origines haut- savoyardes et son passé de résistant. Mais, marqué à vie dans sa chair et dans son âme par les rigueurs et les atrocités de la vie concentrationnaire, il aura besoin de deux ans pour reprendre des forces et entreprendre une carrière professionnelle.

Après avoir effectué un apprentissage dans une école de chaussures, il deviendra, pendant l'année 1947, chef de fabrication à l'usine de chaussures Jourdan. N'oubliant pas ses camarades de combat et de détention, il acceptera, dès cette époque, de faire partie de la section locale de la Fédération Nationale des Déportés et Internés - Résistants et Patriotes, dont il assumera les fonctions de président à partir de 1985 jusqu’à son décès.

A compter de 1948, chef d’entreprise, Jean Monin va exercer le métier de V. R. P. à cartes multiples et ce durant plusieurs décennies, jusqu'en 1994, date à laquelle il prendra sa retraite.

A partir de cet instant, il va militer avec un remarquable dévouement au sein de diverses associations d'anciens combattants, que ce soit sur le plan local, notamment au sein de la fédération des FFI de la Drôme, ou celle des Anciens du maquis des Glières.

Son attitude courageuse durant le second conflit mondial lui ayant valu l'attribution de la médaille militaire, de la croix de guerre 39/45 avec palme, de la croix du combattant volontaire de la Résistance et de la médaille de la Déportation, Jean Monin sera fait Chevalier de la Légion d’honneur, le 13 février 1987. Il rejoindra alors la Société d’Entraide des Membres de la Légion d’honneur, dont il deviendra un membre actif au sein du bureau de la Section de la Drôme.

En 1996, il est élu président du comité d’entente réunissant l’ensemble des associations du monde combattant de l’agglomération romanaise. Puis, en 1997, il est nommé président du Centre Historique de la Résistance et de la Déportation de Romans-sur-Isère.

Devenu Président de l'association Drôme-Ardèche des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (l’AFMD), et conservant les étincelles de la jeunesse et de l'enthousiasme, Jean Monin va se transformer alors en un remarquable «passeur de mémoire » et va poursuivre inexorablement son combat contre l'oubli auprès des jeunes générations, notamment en milieu scolaire où il témoigne de l'horreur des camps, des causes et des conséquences de l'idéologie mortifère que fut le national-socialisme.

C’est ainsi que, chaque année, l’AFMD va organiser un voyage sur les lieux de mémoire des camps de Mauthausen & Gusen. Jusqu’à l’an dernier, Jean Monin, témoin debout, est de tous les voyages, pour transmettre et dire l’ineffable... « Le processus de déshumanisation subi par les déportés n'est jamais venu à bout de mon envie de m'en sortir » disait-il. « Nos bourreaux peuvent m'atteindre physiquement, mais ils ne peuvent atteindre mon mental. Personnellement l'espoir de quitter cet enfer vivant ne m'a jamais quitté ». Nombre d’entre nous, ici présents, ont participé à ces voyages de mémoire et en gardent un souvenir impérissable.

Mais je crois que sa plus belle réussite, en tous cas l’une de celles dont il pouvait être le plus fier, fut d’être l’instigateur avec André Petit, en 2010, des « Sentiers de la Mémoire ». Cette manifestation, organisée autour du Mémorial de Mirmande par l’AFMD & la Fédération des F.F.I. de la Drôme, avec le soutien de l’ONAC-VG et de la Société des Membres de la Légion d’honneur, propose aux élèves des classes de CM1 et CM2 du département une rencontre avec des anciens résistants et déportés, avec cette belle devise «La mémoire se transmet, l’espoir se donne». Depuis 2010, les «Sentiers de la mémoire » ont ainsi rassemblé, chaque année, entre 700 et 800 écoliers de la région qui ont entendu de la part de ces anciens des paroles de paix et de réconciliation, tout en rendant hommage aux 1 300 drômois résistants et déportés, morts pour la France, dont les noms sont inscrits sur le fronton du Mémorial .

Pour cette implication dans la transmission de son témoignage d’ancien résistant-déporté, Jean Monin recevra, en mai 2017, les insignes de Commandeur des Palmes académiques, au cours de la remise des prix du concours national de la Résistance et de la Déportation, dont il présidait le jury départemental.

*

**

Voilà, cher Jean Monin, retracé à grands traits votre parcours de Résistant, Déporté et « passeur de Mémoire ».

Par vos qualités de courage et de sacrifice lors de votre engagement dans la Résistance, par votre volonté de ne pas subir lors des moments les plus douloureux de votre existence, par votre exigence à transmettre votre témoignage aux jeunes générations « afin que nul n’oublie », vous avez respecté les valeurs de la France éternelle auxquelles vous croyez, ce qui a fait de vous l’une des personnalités de la Drôme les plus connues et les plus respectées.

Votre courage, notamment, force notre admiration lorsque vous écrivez : « Dans les moments où certains de nous croyaient que tout était perdu, nous puisions au fond de notre être la force mentale qui nous a permis de survivre. Nous sommes restés des hommes ». Quelle leçon pour notre époque où la barbarie refait surface. Quel exemple pour une jeunesse en manque de repères...

Votre épouse Simone, votre fils, Richard, et votre fille, Dany, vos petits-enfants et arrière- petits-enfants, à qui je présente mes condoléances attristées, peuvent être fiers de vous.

J’ai encore en mémoire cette légitime fierté de votre petite-fille Anne-Elodie, en novembre 2013, lors de la cérémonie où vous avez reçu les insignes de Commandeur de la Légion d’honneur des mains de votre ami, le général d'armée Jean-René Bachelet, alors Président de l'association des Anciens du Maquis des Glières. Elle portait le coussin de présentation de la Cravate de la Légion d’honneur et chacun a pu ressentir son émotion lorsque le général Bachelet s’est adressé aux jeunes présents dans la salle pour évoquer son grand- père : « Il est cet aîné qui, à votre âge, s’est dressé, au péril de sa vie, au prix des épreuves les plus inhumaines qu’un homme puisse connaitre, pour que vive la France et pour vous dire ce qu’est la France, cette France dont vous êtes l’avenir ».

Soyez certain, cher Jean Monin, que nous ne vous oublierons pas, tant vous nous avez marqués par votre personnalité attachante, votre générosité et votre sens de l’humain et par votre foi inébranlable en l’avenir. Vous aimiez à répéter avec modestie : « J’étais un déporté parmi les déportés, mais je ne suis pas un héros. Les héros, eux, sont morts au nom de la Liberté ». Ce sentiment, qui vous honore, montre, s’il en était besoin, combien le respect et l’humilité étaient des valeurs importantes à vos yeux.

Aussi, après vous avoir dit, au nom de tous vos amis ici présents, simplement « merci » pour l’œuvre accomplie, je terminerai par un clin d’œil à votre éternel optimisme en faisant vôtres les mots prêtés à Charles Péguy : « Je ne suis pas loin... juste de l’autre côté du chemin ».

Général de corps d’armée (2s) Denis SERPOLLET

Président honoraire de la SMLH de la Drôme

Romans - le 6 juillet

Retour aux articles